Bibliographie de la perruque

Bibliographie autour de la pratique de la perruque initiée par Robert Kosmann

BIBLIOGRAPHIE

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  • SAINT-JACQUES Camille Le mouvement ouvrier, une histoire des gestes créateurs des travailleurs, Ed. Max Milo L’inconnu, 2008.
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Étienne de Banville, L’usine en douce, Le travail en « perruque », L’harmattan, Paris, 2001.

Fiche de lecture (Texte.pdf)


Banville (de) Marie et Dumont Bruno

Perruque, bricole et compagnie… (Extrait du film)

Extrait du film Perruque, bricole et compagnie…

One Piece at a Time raconte l’histoire d’un ouvrier d’une chaîne de montage automobile qui construit sa propre voiture avec des pièces volées à l’usine.

One Piece at a Time (et paroles)


Entretien avec Alex Gordon réalisé le 25 juin 2011 à Londres dans les locaux du syndicat RMT (the National Union of Rail, Maritime and Transport Workers) et photographies du mobilier fabriqué en perruque (probablement entre 1870 et 1910).


Kosmann Robert

Retraité de l’industrie (18 ans à la régie Renault Saint-Ouen), perruqueur, syndicaliste et historien, Robert Kosmann participe à entretenir la mémoire de la pratique de la perruque.

Bibliographie Robert Kosmann (.pdf) :

Discussion et photographies des perruques de Robert Kosmann

Discussion sur la pratique de la perruque avec Robert Kosmann et Serge (Mécanicien dans le secteur de la maintenance aéronautique) dans l’espace de documentation de la
 Bourse du Travail Parallèle, dans le local du syndicat du Nettoyage de la CNT, le 21 octobre 2006.

Plus de photos ici…


Lerichomme Lise Perruque et travail en douce à Bat’a

Perruque et travail en douce à Bata

Là aussi, comme pour l’usine de Tie Xi de la ville de Shenyang, ce sont les derniers moments d’existence et d’occupation de l’entreprise qui offrent aux travailleurs de chez Bat’a (les Batamen et Batawomen) un contexte propice à la production de perruque : « Ce qui explique l’existence du travail en perruque à Bata, c’est le récit, plus simple et plus maussade, de l’occupation d’interminables journées de grèves à une période où les salariés avaient découvert l’avenir bouché de l’entreprise à laquelle ils avaient tout donné. Les batamen à l’arrêt depuis le début du mois de juin 2001 ont alors commencé à combattre l’angoisse de l’incertitude par la fabrication de petits riens, pour eux. »

Photographies de perruques fabriquées à Bat’a

Meillat Serge

Mécanicien dans le secteur de la maintenance aéronautique.

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Bourse du Travail Parallèle le 21 octobre 2006 : discussion autour de la pratique de la perruque avec Serge et Robert Kosmann


Chantiers navals de Gijon (Asturies-Espagne).

L’occupation des entreprises par les travailleurs en grève pourra fournir l’occasion d’un contexte favorable à la fabrication par exemple de « perruques d’autodéfense » qui serviront à tenir les forces de l’ordre à distance. Ce qui fut le cas au cours du mois de mai 2009, à Gijón (dans les Asturies), quand les ouvriers des chantiers navals ont résisté contre la fermeture de leur site.

Perruques d’autodéfense dans les chantiers navals de Gijon (Photos et vidéo)

Pour se défendre contre les assauts répétés de la police antiémeute, les ouvriers et chaudronniers ont construit sur place, en plusieurs exemplaires, des petites guérites de protection en tôles fixées sur des roulettes.

Ces petites guérites mobiles (environ 2 mètres de hauteur, tôle épaisse, soudées par points au chalumeau, fermées sur trois côtés, avec toits protecteurs et meurtrières frontales et latérales) leur permettaient ainsi de se porter à bonne distance pour tirer des projectiles et repousser les galets de lacrymogènes sur les forces répressives.

   À cette occasion, précise Robert Kosmann, ils ont également utilisé « des tubes d’un diamètre de 50 mm et d’une longueur d’un mètre cinquante pour envoyer des fusées d’artifice “ de jardin ” de petits calibres (20 à 25) sur les gardes civils espagnols. On peut observer sur les vidéos une ouverture, une “ lumière ” bricolée pour permettre la mise à feu[1]. » Pour tenir en respect la police, les salariés ont également riposté à l’aide de frondes, lance-pierre, lances à incendie, cocktails Molotov, boulons… et ont aussi utilisé des grues depuis lesquelles ils ont manœuvré des containers en feu[2].


Notes

[1] Robert Kosmann, Sorti d’usines, La « perruque » un travail détourné, op. cit., p. 104.

[2] Voir notamment, « Chantiers navals de Gijon (Asturies-Espagne) : violents affrontements », paru le 20 mai 2009 et consulté le 30 janvier 2019 disponible sur le site de Bella Ciao : https://bellaciao.org/fr/spip.php?article86124, et Alain Bertho, « Affrontements aux chantiers navals de Gijon mai 2009 », publié le 21 mai 2009 et consulté le 24 janvier 2019, disponible sur le site : https://berthoalain.com/2009/05/21/affrontements-aux-chantiers-navals-de-gion-mai-2009


Le dos au mur (Film)

Pour la grève les salariés redémarrent la production (Extrait du film Le dos au mur)
Le dos au mur de Jean-Pierre Thorn

Entretien avec les chaudronniers l’Espagnol et le Basque réalisé dans les locaux d’Alstom à Saint-Ouen (9 décembre 2009).

Entretien avec les chaudronniers l’Espagnol et le Basque réalisé dans les locaux d’Alstom à Saint-Ouen (9 décembre 2009).

moi : Il y avait combien de chaudronniers ?

L’Espagnole : Oh, beaucoup, plus de trois cents. Un chaudronnier, ça sait tout faire. Après il y avait des postes plus spécialisés… Les postes spécialisés en pliage, en soudure, la mise en débit [débit des tôles]. [Arrivé en 1972 à Alstom, il a vu ses collègues faire des trucs qui n’ont pas de rapport avec le boulot.] Selon la place où tu es, par exemple celui qui est au débit, on lui disait : « tu me couperas un bout de tôle de telle dimension », il te disait « c’est pourquoi faire ? », tu lui répondais : « t’occupe pas c’est pour faire de la perruque » et il se démerdait pour trouver un bout de tôle à droite ou à gauche… tu demandais, tu ne te servais pas. Il y avait un mec qui gardait le stock de tôle, du moment que tu lui demandais, après il se démerdait pour trouver… après s’il avait besoin de faire quelque chose en soudure, bah, nous on faisait la soudure, c’était des échanges…

moi : Tout le monde pouvait perruquer ?

L’Espagnole : Tout le monde oui, enfin ceux qui savaient.

moi : Et au niveau du contrôle par l’encadrement ?

L’Espagnole : L’encadrement, il voyait [ce qu’on faisait].

Dans ce cas-là tu disais que c’étaient des chutes et que ça aller partir à la poubelle. Alors que ce n’étaient pas des chutes, mais ça, ils le savaient aussi. Du moment que tu étais sérieux et que tu faisais ton boulot et qu’on n’avait rien à te reprocher.

moi : Mais dans les photos que tu m’as envoyées, il y a un barbecue qui est plutôt grand [rires…]

L’Espagnole : Oui bon bah ça, je l’ai installé dans l’atelier et tout… [rires…] je ne me suis pas caché. Quand on faisait des trucs, on ne se cachait pas. Je l’ai même porté ici, je l’ai essayé ici. J’ai pris un moteur de poste à soudure [pour le barbecue] pour faire la rotation du tourne broche. Le mec il me l’a bricolé alors qu’un poste à soudure ce n’est pas fait pour ça, hein. Un mec de l’entretien me l’a bricolé et puis… je t’ai dit c’était de l’entraide. J’en ai même deux trois [d’avance] en cas de panne.

moi : Comment tu as eu l’idée ?

L’Espagnole : Il me fallait un moteur, j’en ai parlé autour de moi et un collègue m’a proposé l’idée d’un moteur de poste à soudure. Il y a un poste qui a eu un accident, qui s’est fait écraser par une tôle. J’ai récupéré le moteur.

Au début, je ne pensais pas que ça aller marcher, car la broche elle fait deux mètres. Le plus gros mouton que j’ai mis, il devait faire plus d’un mètre. Je ne pensais pas que le moteur réussirait à l’entraîner, parce que c’est lourd quand même. On a mangé à plus de soixante sur la bête. C’est du costaud. [rires…]

moi : Comment tu as eu l’idée de faire un barbecue ?

L’Espagnole : C’étaient les circonstances. J’ai ma sœur qui s’est mariée. Elle m’a dit : « écoute je n’ai pas les moyens d’aller au restaurant, tu me ferais pas un bon barbecue, pour faire ça à la maison ? »

Et puis j’ai réfléchi à la question, et puis voilà. Au départ je voulais faire un barbecue et puis j’ai un collègue qui m’a dit : « pourquoi tu fais pas un méchoui ? » manuel quoi.

moi : C’est combien d’heures de travail ?

L’Espagnole : Ah ça je ne sais pas. Quand on aime, on ne compte pas. [rires…] Mais je peux te dire que j’y ai passé du temps. [rires…]

moi : D’une certaine façon, c’était une perruque collective ?

L’Espagnole : Oui, elles étaient presque toujours collectives d’une certaine façon, puisqu’on avait toujours besoin… moi si j’avais besoin de faire de la découpe, d’un poste à découpe, je pouvais y aller, enfin ce n’était pas mon poste, alors s’il y en avait un qui te voyait là-bas, il était sûr que c’était pour perruquer. Si tu vas sur le poste de quelqu’un d’autre, c’est pour perruquer.

Si tu avais besoin d’un bout de tôle [le magasinier] se débrouillait pour prendre ça dans le stock ou d’en commander. Lui, il se débrouillait, c’était pas mon problème ça. Comme nous on se débrouillait, s’il nous demandait quelque chose, on se débrouillait pour lui exécuter quoi.

moi : Comment vous circuliez d’un poste à un autre ?

L’Espagnole : On pouvait aller de droite à gauche discuter avec les copains. Bon entre discuter et travailler d’un poste à l’autre, c’est autre chose, mais bon [rires…]

moi : Il y avait des responsables ?

L’Espagnole : Oui, par section ou par groupe, il y en avait même plusieurs, y en avait pas mal.

Si un responsable nous faisait chier, on lui disait : « toi t’as rien à me dire, t’es pas mon chef, t’as qu’à voir mon chef »

En gros ça se passait comme ça quoi.

« T’as rien à foutre ici, c’est pas ton atelier » [on lui répondait] « je viens discuter avec des collègues, t’as rien à me dire, tu vas voir mon chef ». Alors après il allait voir ton chef et il te disait « bon tu vas pas me casser les couilles parce que l’autre il va porter plainte là-haut »

Le premier barbecue, je l’ai fait pour mon père. Pour qu’il soit dans son jardin. Puis quand il est mort, je l’ai récupéré. [description du barbecue]

[stop à 00:15’]

moi : qu’elle est ta définition de la perruque ?

Définition de la perruque pour l’Espagnole [21’] : Pour moi c’est un petit peu un dû. Comme certains métiers ont des avantages. Quand tu travailles dans une banque, tu as un taux préférentiel par rapport aux autres. Pour moi c’est un dû, enfin je ne dirais pas que c’est un dû, mais c’est une chose normale. J’ai mon métier qui me permet de faire des trucs qui me servent à la maison. Comme les journalistes ont un abattage d’impôts. […]

Mon métier c’est de faire des objets en métal que ce soit des transformateurs ou autres choses. Un chaudronnier il sait tout faire, il peut tout faire. Le bureau de ma fille c’est moi qui l’ai fait. […]

On a cet avantage-là de pouvoir faire manuellement ce qui nous fait plaisir.

Les chefs nous demandaient aussi de fabriquer ou réparer des choses.

[Jean-Michel, dit le Basque, arrive dans la pièce. Il a un cancer du poumon lié à l’amiante. Il a fabriqué un alambic (un distillateur) et un pavillon en fer forgé (en perruque).]

moi: À propos des objets de grèves ?

Le Basque : On en faisait pas pour garder des traces, on en faisait pour s’en servir. Lors de la grande grève de 1979, on a fabriqué des dessous de plat, des lampions… pour récupérer un peu d’argent pour la maintenance.

C’était surtout les chaudronniers qui fessaient de la perruque, les mecs qui étaient au câblage, qu’est-ce que tu veux qu’ils perruquent.

Pendant la grève les chaudronniers ont soudé les portes. On a aussi soudé la porte du directeur.

moi : Est-ce que les objets de grève c’était de la perruque ?

Le Basque : Non, c’était pour récupérer un peu d’argent.

Définition de la perruque pour Le Basque [44’44”] : « C’est un travail pour soi, dans la mesure où tu en as l’utilité. »

[Il lui est arrivé, avec l’accord de la direction, de rester le soir (deux ou trois heures) pour travailler sur sa perruque, il a fait un puits.]

Le Basque ajoute : « On en faisait pour les chefs aussi. »


Entretien avec le Basque et l’Espagnole tous deux anciens chaudronniers d’Alstom Saint-Ouen, réalisé dans les locaux d’Alstom, le Mercredi 9 décembre 2009.


Perruques de grèves

Critique

Dans son chapitre consacré à la perruque (une pratique de détournement : la perruque), Michel de Certeau s’interroge sur la place à partir de laquelle nous étudions cette pratique. Il observe « une coupure entre le temps des solidarités (celui de la docilité et de la gratitude de l’enquêteur envers ses hôtes) et le temps de la rédaction qui dévoilent les alliances institutionnelles (scientifiques, sociales) et le profit (intellectuel, professionnel, financier, etc.) dont cette hospitalité est objectivement le moyen. Les Bororos descendent lentement dans leur mort collective, et Lévi-Strauss entre à l’Académie »[31]. En paraphrasant Michel de Certeau, on pourrait sans doute voir, dans la situation de la représentation artistique des travailleurs de l’industrie en France quelque chose de comparable. Les ouvriers d’une certaine industrie et leurs cultures associées descendent lentement dans leur mort collective, et Jean-Luc Moulène entre à Beaubourg avec leurs objets de grève représentés.

En effet, s’il faut saluer ici le travail de collecte et d’archive d’objets de grève — ou « perruque de grève »[32] — réalisé par Jean-Luc Moulène et la donation qu’il en fait aux Archives Nationales du Monde du Travail[33], la représentation artistique de ces objets nous semble pour le moins problématique. Et l’artiste, acteur – autoproclamé ( ?) – de cette redéfinition d’« objets de grève » en « objets d’art », ne s’y trompe pas lorsqu’il dit : « Il y a là une ambiguïté. Dans mon esprit, cette œuvre est un lieu de conflit, pas un lieu pacifié. Beaubourg achète les photographies, ce qui représente l’assomption en art d’un objet manifeste. D’une certaine manière, le contenu subversif de l’objet de grève est ainsi apaisé. »[34] Il n’y a pas que dans l’esprit de l’artiste que cette œuvre est un lieu de conflit car elle ne peut que distendre encore un peu plus les liens d’hospitalités et de solidarités qui pouvaient exister entre l’« artiste-archiviste » et les travailleurs grévistes producteurs collectifs de ces « perruques de grève » désormais transfigurés en « objets d’art » et un peu aussi en objets de spéculation. Et en l’occurrence la culbute est quand même sévère. La photographie d’un objet de grève — y compris celle du paquet de Gauloise estampillé CGT qui était offert en 1982 avec un bon de soutien à cinq francs et sur lequel était clairement stipulé DÉGUSTATION-VENTE INTERDITE — est vendue par la Galerie Chantal Crousel[35] (qui représente l’artiste) 7500 euros TTC, ce qui confère aux vingt-quatre photographies d’ « objets de grèves » une valeur commerciale de 180 000 euros TTC et accorde à la photographie du paquet de Gauloise produit par les travailleurs en lutte de la Seita une sacré plus-value. « Surtout gardez bien vos perruques de grèves, ne les jetez pas, elles vont valoir de l’argent ! »[36] voilà l’avertissement – plein d’ironie – lancé par un ancien perruqueur de chez Renault Saint-Ouen aux anciens de chez Alstom Saint-Ouen. C’est dans cette schizophrénie que nous place cette requalification des « Perruques de grève » en « objets d’art ». Pour qui roule l’artiste et quelle réputation — a priori ou a posteriori — laisse-t-il de son passage ? Est-ce à dire que l’artiste pour faire œuvre — comme le curateur, l’anthropologue ou le sociologue… — se trouve toujours exposé à trahir l’hospitalité de ses hôtes et à accroître toujours plus les divisions du travail entre représentants d’un coté et représentés de l’autre ?


Wang Bing (réalisateur du film À l’ouest des rails, Chine, 2004)

Perruque usine Shenyang

Hé, oui ! En chine aussi on perruque, dans l’usine de Tie Xi de la ville de Shenyang. Le film de Wang Bing en témoigne : plus que deux jours avant que l’usine ferme, des salariés en comité restreint se questionnent : « Si on veut voler des outils, il faut se dépêcher. On a encore 2 jours. »

À l’ouest des rails (Extrait du film et pictogrammes)

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