Reprographe en qualité d’agent contractuel pour l’Inspection
Académique des Yvelines

Mercredi 8 avril
Le mercredi 8 avril, j’ai scotché un bandeau d’Alternative Libertaire sur les murs de l’atelier de reprographie à l’endroit où l’on accueille le public de l’Inspection Académique des Yvelines. Sur cette affiche, il était inscrit :
« Régularisation de toutes et tous les sans papiers, Arrêt des rafles et des expulsions, Liberté de circulation et d’installation » .
Je l’ai placée ce jour-là en solidarité avec le mouvement national qui a eu lieu contre le « délit de solidarité », ou plus exactement contre la loi L. 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers : « Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros. »

Jeudi 9 avril
Elle est restée sur le mur également le jeudi, mais ce jour-là une collègue quelque peu zélée s’est plainte – devant moi et mon chef – et a marmonné dans sa barbe mais de façon intelligible : « ce n’est pas normal !». Sous-entendu, ce n’est pas normal que j’affiche ces revendications aux yeux de tous. En l’entendant, j’ai soufflé fort puis je l’ai ignoré et me suis reconcentré sur le travail que mon chef était en train de me demander. Celui-ci, un peu surpris par l’affiche, a eu quelques difficultés à en décoller les yeux et à se reconcentrer sur le travail, mais ne m’a pas demandé de l’enlever.
Vendredi 10 avril
Jour de vacances pour faire un week-end prolongé avec le lundi de pâques. C’est mon collègue qui est en première ligne ce jour-là. Je n’apprendrais – partiellement – que le mardi 14 avril et le vendredi 17 avril ce qui s’est passé.

Mardi 14 avril
La reprographie a été nettoyée de toutes les affiches et de tous les dessins que l’on avait pu faire sur le tableau. Et un courrier (ci-joint) sous forme de note de service a été scotché sur le mur de la reprographie. Mon collègue a dit que ce n’était pas lui mais qu’il se sentait concerné – je lui avais dit que j’assumais et qu’il pouvait dire que c’était moi dans le cas d’un problème de ce genre. Plusieurs chefs de service sont intervenus dans cette affaire : la collègue zélée a – semble-t-il – voulu en référer directement au secrétaire général et à l’inspecteur académique qui ne serait toujours pas au courant.
Mardi 21 avril

Aujourd’hui m’en allant chercher mon chef – chez lui (1) – je lui ai dit dans la voiture : « Visiblement mon affiche a fait l’effet d’une bombe à l’IA ». Il a confirmé et j’ai poursuivi en lui disant : « Maintenant j’aurais peut-être droit à mon panneau syndical » et en lui demandant comment faire pour en avoir un car il est toujours inexistant à l’Inspection Académique.
Cette action a eu une valeur de test. J’ai pu voir qui m’était plus ou moins favorable et je dois dire que je me suis senti un peu seul.
A suivre…
(1) Avec la voiture de fonction de l’IA, pendant mon temps de travail et pendant le temps de sortie autorisée par l’arrêt de travail de mon chef. Tout cela pour qu’il puisse vérifier les avancés des travaux du nouveau bureau de l’inspecteur. Ce caprice de peintures et parquet neufs qui coûte la bagatelle totale de 3500 euros. On comprend mieux l’anxiété qui guette mon chef au point de quitter son chez-soi pourtant en arrêt de travail. Le reprographe que je suis apprend décidément bien des métiers.

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