Site web en construction

Le Point de vue du Gras.

L’invention d’un paysage rural aux balbutiements de l’ère industrielle.

Article paru dans le numéro 10 – Bientôt 200 ans ! de la revue Photographica, Société française de photographie, mai 2025, p. 42-55.

Texte intégral .pdf

Résumé

À l’approche du bicentenaire du Point de vue du Gras, cet article se propose de mettre en évidence le rapport dialectique qui peut s’établir à l’image entre le paysage rural représenté par Nicéphore Niépce et le nouveau moyen technique de production de l’image qu’il est en train d’inventer. En effet, si les recherches proto-industrielles de Niépce aboutiront notamment à l’invention de la photographie, la veille photographique et l’opération de paysagéification qu’elle implique se référeront à un site spécifique : la cour d’un corps de ferme. À champ, et à contre champ, s’instaure alors une tension paradigmatique entre l’intérieur et l’extérieur de la ferme : d’un côté la ferme, en partie reconvertie par Niépce en laboratoire pré-photographique, et de l’autre le paysage rural, qui non seulement sera capturé par un des outils manifestes de l’ère industrielle, mais qui de plus sera aussi amené à se transformer en profondeur par l’avènement en son sein de la révolution industrielle.

À l’occasion du bicentenaire de la plus ancienne photographie conservée au monde, j’aimerais mettre en évidence le rapport dialectique qui peut s’instaurer entre le décor qui servait de toile de fond à Nicéphore Niépce et le nouveau moyen technique d’enregistrement et de production de l’image qu’il était en train d’inventer. En consacrant une partie de mes recherches à l’histoire des représentations des mondes du travail1, j’ai choisi de m’arrêter sur le Point de vue du Gras réalisé en 18272 [Fig. 1] car cette vue m’a semblé emblématique du changement de paradigme économique qui s’est amorcé en ce début de xixe siècle et qui s’est prolongé jusqu’au début du xxe siècle. En effet, ce nouveau moyen de production mécanique de l’image accompagne la transformation des modes de production et donne à penser les mutations qui s’opèrent alors dans le paysage rural, c’est-à-dire dans ce passage d’une société à l’économie agricole et artisanale prépondérante vers celle de l’industrie émergente.

Fig. 1 Joseph Nicéphore Niépce, [Sans titre « Point de vue »], 1827.
Héliographie sur plaque en étain, 16,7 × 20,3 × 0,15 cm, encadré.
Austin, Collection Helmut Gernsheim, Harry Ransom Center, The University of Texas, 964:0000:000.

Cependant, contrairement à l’image d’Épinal, la révolution industrielle ne s’est pas uniquement accomplie par l’essor des grandes industries dans les principales villes, obligeant les ouvriers agricoles de la « périphérie » à migrer par vagues successives pour rejoindre les « centres » et s’y reconvertir en prolétaires de l’industrie, alors déracinés et séquestrés dans les usines. Ce long processus d’industrialisation de la France s’est également opéré dans les campagnes et, peut-être même plus précisément encore, par les campagnes. En effet, ce ne sont pas seulement les chefs d’entreprise qui, en fonction de leurs intérêts économiques, délocalisaient leurs industries des villes vers les campagnes, mais ce sont aussi ces industries et ces fabriques artisanales déjà disséminées dans le monde rural et dissimulées dans les foyers domestiques depuis le xviiie siècle qui ont largement contribué à la transformation des modes de production et au développement du capitalisme industriel du pays33. Tant et si bien que les innovations industrielles, voire leurs inventions, pouvaient également émaner du monde rural lui-même – Liliane Hilaire-Pérez rappelle ainsi que la France inventive au siècle des Lumières est à la fois provinciale et urbaine4 –, une révolution industrielle qui, contre les idées préconçues, aurait pu aussi s’inventer et s’expérimenter dès lors dans les fermes reconverties en industries.

Certes, c’est en France qu’ont eu lieu les « premiers résultats obtenus spontanément par l’action de la lumière5» pour reprendre les termes inscrits au dos de l’épreuve par Francis Bauer, le premier détenteur et conservateur de l’héliographie de Niépce. Et, qui plus est, c’est en Grande-Bretagne, dans « ce pays industriellement plus avancé » comme l’écrit Bernard Marbot6, que celle-ci a été exhumée par le couple Gernsheim au cours de l’année 19527. Cependant cette première photographie réalisée dans la propriété du Gras à Saint-Loup-de-Varennes, du point de vue de la fenêtre de la chambre où opérait Niépce, ne donne-t-elle pas effectivement sur la cour d’un corps de ferme ? Si j’interroge timidement cette hypothèse, c’est que la dimension réflexive du paysage sur lequel porte le plus ancien « point de vue » photographique semble souvent s’effacer au seul profit de l’étude du dispositif technique et du procès de production de l’image. L’environnement réel, le référent qui est supposé adhérer à l’image8 n’est que très rarement décrit et considéré comme utile à la compréhension du contexte d’émergence de la photographie. Le paysage ici représenté, lorsqu’il n’est pas tout bonnement écarté de l’analyse, apparaît le plus souvent accessoire. Dans le meilleur des cas, il servira à repérer la situation réellement occupée par le premier des photographes, à définir son point de vue, à valider les procédures qu’il a suivies et le dispositif technique qu’il a mis en place9.

Les légendes mêmes de cette photographie semblent détourner notre regard du paysage pour le rediriger vers le dispositif. Comme en témoigne l’inventaire des légendes réalisé sous la direction de Michel Frizot10, les titres délivrés après la mort de Niépce font majoritairement appel au point de vue et à la fenêtre, mais très peu d’entre eux font explicitement allusion au paysage, à la cour ou à la nature qui donnent derrière la « fenêtre », c’est-à-dire qu’aucun d’entre eux ne se risque vraiment à convoquer le référent réel représenté. Si les battants de la fenêtre, et les arêtes formées par l’architecture des bâtiments apparents dans le champ de l’image, permettront d’inscrire cette vue et de placer « toute sa descendance photographique dans la lignée de la fenêtre perspectiviste » pour reprendre la formule de Michel Frizot11, tout semble agir comme si l’histoire du dispositif technique devait systématiquement tourner le dos à l’histoire du paysage que cette image représente. Pourtant, ces deux approches ne devraient-elles pas se superposer ou pour le moins être liées ? Seulement, pour laisser place à une telle éventualité, il s’agirait en premier lieu de s’essayer à rétablir le référent de l’image pour parvenir à un rééquilibrage des liens dissociés entre le dispositif technique d’un côté et le paysage représenté de l’autre.

C’est sans doute à cet égard qu’il faudra alors envisager le paysage de cette héliographie à la façon d’une énigme, car cette première photographie nous y invite : quel paysage représente-t-elle au juste ? C’est bien là mon point de départ qui consiste à m’emparer de cette « photo-indice » afin de tenter d’en dérouler la signification et l’arrière-plan, en commençant par essayer de suivre le fil historique permettant de lister le lexique physique de ce paysage, tout en y interrogeant les indices économiques et socioculturels qui s’y trouvent. L’enjeu ici serait de comprendre en quoi cette image est, parmi d’autres, aujourd’hui encore disparues, le produit d’une situation particulière, oubliée de l’historiographie.

L’invention du paysage

Ne demandez plus comment on voit un paysage, question d’enfant gâté qui n’a jamais travaillé, cherchez comment le jardinier l’a dessiné ; comment l’agriculteur, depuis des milliers d’années, l’a composé lentement pour le peintre qui le fait voir au philosophe, dans les musées ou les livres12.

En supposant alors que le Point de vue du Gras ne renvoie pas tant à un milieu « naturel » qu’à celui aménagé et travaillé dans l’objectif d’une production agricole, on pourrait dire que Niépce a composé son paysage « pagus par pagus » pour reprendre la formule de Michel Serres. Le philosophe, poursuivant sa dérive sur les rapprochements des termes de paysage et de page, nous informait que ce mot latin pagus est « de vieille langue agraire, ainsi que le verbe pango [qui] nous dictent ou donnent la page13 ». Et en effet, ce paysage pourra être également « lu » par le biais de sa transcription textuelle, car ce sont bien des écrits qu’il a fallu à Niépce pour accompagner ses premières images difficilement perceptibles à la simple vue. En l’occurrence, et par chance, ses échanges de lettres avec son frère Claude coïncident précisément avec les premières études pratiques sur la lumière que l’inventeur a entamées en avril 181614. Et la magie n’a pas tardé à opérer, car, bien avant de parvenir à fixer durablement l’image, Niépce obtint rapidement des épreuves qu’il nommait tantôt « expérience », « essai », « gravure » ou bien encore « rétine ». Et, dès le 5 mai 1816, il pouvait distinguer sur le papier blanc photosensibilisé au chlorure d’argent les « effets de la lumière dans la représentation de la volière, et jusqu’au châssis de la fenêtre15 ». Cela lui permit d’affirmer à son frère Claude que « la possibilité de peindre de cette manière [était] à peu près démontrée16 ».

C’est donc grâce aux écrits de Niépce qu’il a été possible tout à la fois de dater et d’évaluer les avancées scientifiques de l’invention, mais aussi d’identifier en partie le « décor réel » du paysage représenté. En effet, dès ses origines, et jusqu’à l’épreuve définitivement fixée de 1827, l’image a toujours été si peu visible que Niépce avait déjà dû faire en 1816 une transcription précise du paysage afin que son frère Claude – pourtant familier de ce « point de vue » – puisse en comprendre les détails à distance et l’interpréter correctement. De plus, pour que son frère comprenne vraiment les images qu’il a sous les yeux, Niépce l’avertit que les quatre premières épreuves qu’il lui communique le 28 mai 1816 ont une image inversée, ce qui rajoute encore de la complexité à un paysage déjà difficilement lisible à l’œil nu : La volière étant peinte renversée, la grange ou plutôt le toit de la grange est à gauche au lieu d’être à droite. Cette masse blanche qui est à droite de la volière au-dessus de la claire-voie qu’on ne voit que confusément, mais telle qu’elle est peinte sur le papier par la réflexion de l’image : c’est le poirier de beurés blancs qui se trouve beaucoup plus éloigné ; et cette tache noire au haut de la cime, c’est un éclairci qu’on aperçoit entre les branches. Cette ombre à droite indique le toit du four qui paraît plus bas qu’il ne doit être, parce que les Boîtes sont placées à 5 pieds environ [approximativement 150 centimètres] au-dessus du plancher. Enfin, Mon cher Ami, ces petits traits blancs marqués au-dessus du toit de la grange, ce sont quelques branches d’arbres du verger qu’on entrevoit et qui sont représentées sur la rétine17.

De cette façon, si nous avions encore un doute sur la nature réelle du paysage que Niépce s’est entêté à « peindre », grâce à ses propres écrits on sait désormais que ce « point de vue » nous place, déjà en 1816, face à la représentation de la cour d’une ferme, car tous les éléments qu’il décrit nous y rappellent : la volière, la grange, le poirier de beurés blancs, le toit du four et les quelques branches d’arbres du verger.

Dans cette même lettre du 28 mai 1816 Niépce informe son frère que pour couper les « navettes »18 il aura besoin d’embaucher des « batteurs »19, et étant donné qu’« il y aura beaucoup de navettes cette année il vaudrait mieux être payé en argent qu’en nature20 ». Il profite également de ce courrier pour lui annoncer qu’il a vendu sa paille « à raison de 30 sous le quintal21 ». L’imbrication du décor, qui sert de référent à la description de l’épreuve du paysage, et le lexique, convoqué hors champ de l’invention pour discuter des activités agricoles quotidiennes de la ferme, pourront de la sorte facilement se superposer et se confondre.

Ainsi, seulement quelques jours plus tard (le 2 juin 1816), alors qu’il témoigne à son frère des qualités du procédé qu’il emploie – le chlorure d’argent appliqué sur papier semble le mieux adapté pour « retenir les moindres impressions de la lumière22 » – ou qu’il lui confie ses difficultés « à fixer la couleur et à changer la disposition des jours et des ombres23 », Niépce attirera également son regard sur quelques éléments de l’image permettant d’exemplifier ses constatations : « L’enduit de la volière du côté de la basse-cour, est d’une couleur rembrunie ; mais au-dessus de la porte et jusqu’à celle du tec-à-pourceau, il y a une plaque blanche qui se trouve marquée très distinctement en noir sur la gravure24. » Le référent « la volière du côté de la basse-cour » paraît se confondre à tel point avec la couleur rembrunie de l’enduit que cette phrase extirpée de son contexte pourrait laisser penser que Niépce ne nous décrit pas tant là une image, mais bien plutôt la couleur rembrunie d’un enduit qu’il aurait, à la façon d’un mortier, appliqué directement à la surface des murs de la volière. Seule « la gravure » nous permet de raccrocher à l’image, sans néanmoins décrocher du réel, celui d’une ferme où « la volière du côté de la basse-cour » jouxte le « tec-à-pourceau » (littéralement le « toit à porc »), autrement dit la porcherie. Ainsi, ce que le premier des photographes transcrit n’est pas ici seulement ce « qu’on ne voit que confusément » sur l’épreuve, c’est aussi un peu du hors-champ de l’image et de l’environnement qu’il habite au quotidien qui nous est donné à « lire ».

La première veille photographique de l’histoire

Ce que Niépce « peint » méthodiquement – son « enregistrement routinier » pour reprendre la formule d’Alain Roger25 –, c’est le paysage familier qu’il habite. Il faut d’ailleurs à cet endroit rappeler que c’est, à de rares exceptions près, invariablement depuis la même « fenêtre d’angle du premier étage26 » de la ferme que Niépce s’est obstiné, pendant plus de dix ans, à placer sa chambre noire afin d’en fixer ce « point de vue » et d’en comparer les épreuves. Et à ce titre les historiens Pierre Georges Harmant et Paul Marillier saluaient en lui l’« un des précurseurs méconnus de la Science expérimentale27 ». En effet, Niépce précisait dans sa lettre du 28 mai 1816 : « Jusqu’à présent je n’ai peint que la volière afin de pouvoir comparer entre elles les épreuves28. » Si bien que, lorsqu’il s’agit de décrire une fois (le 28 mai 1816) ce que l’une d’entre elles représente, on peut dire que cette description restera valable pour les épreuves qui suivront, et en particulier pour celle de 1827 qui est restée dans l’histoire comme la plus ancienne photographie.

Aussi, étant donné que pour des raisons techniques et scientifiques, Niépce a constamment cadré le paysage de la même façon, et que le pied n’a, pour ainsi dire, jamais eu à bouger pendant plus de dix ans, cette systématisation du point de vue occupé par la camera obscura ferait du Point de vue du Gras la première veille photographique de l’histoire. En effet, la camera obscura (comme l’appareil photographique), mimant le regard, offre une délimitation bien précise du cadrage et, dans le contexte d’une veille photographique, l’opérateur aura précisément à cœur, comme l’écrit par ailleurs Cédric Schönwald29, de cadrer toujours de la même manière et de réitérer ses différentes prises de vues à partir d’un même lieu. Ainsi, la pièce et la fenêtre depuis lesquelles opère Niépce pourraient être envisagées comme un « observatoire du paysage » d’où il effectue une veille photographique quotidienne, mais une « veille » alors sans images, puisque toutes ces vues prises sur plus de dix années se sont effacées à la lumière du jour, hormis évidemment la dernière restante.

En considérant ainsi le paysage du Gras on comprend qu’au travers de cette veille photographique et de cette paysagéification – une mise en scène qui s’organise par le biais du cadrage, mais aussi par le discours qui se porte sur l’agencement des bâtiments et des terres agricoles –, circule aussi tacitement un ordre de la production qui facilite l’identification du référent au corps économique de la famille Niépce et dessine, petit à petit, le « portrait agricole » du milieu social des « habitants » de cette ferme. En effet, la distribution des bâtiments et l’expertise du lexique des termes agricoles utilisés dans ses lettres par Niépce campent le portrait de sa famille dont l’organisation économique du paysage (l’exploitation des terres par le travail et les fonctions des bâtiments) semble se répartir entre l’élevage (la volière et la porcherie), l’agriculture (le poirier de beurrés blancs et les arbres du verger), le stockage (la grange) et la transformation des produits de la ferme (le four ou le fournil). Ainsi, le territoire agricole, en tant que référent photographique, n’est pas si anecdotique, bien au contraire il constitue le portrait d’un lieu singulier, qui pourrait même faire office d’autoportrait tant ce décor dévoile l’environnement socio-économique habité par l’inventeur.

Le portrait agricole de la famille Niépce

Si la famille Niépce appartient à la bourgeoisie agricole – en 1807 elle fait partie des 100 familles les plus imposées de la ville de Chalon-sur-Saône30 –, celle-ci s’est constituée comme telle sur plusieurs siècles et générations. À cet égard, le portrait agricole que représente le Point de vue du Gras est très bien dépeint par Louis Armand-Calliat qui a consacré un ouvrage – lequel s’appuie grandement sur celui de Victor Fouque31 – à établir la généalogie des Niépce depuis leur installation en Bourgogne32. Quoique plein de préjugés quant à la prédisposition supposée « naturelle » de la famille Niépce à occuper de hautes fonctions «dans des domaines divers [car ces] gens sont [présumés] doués d’une haute valeur intellectuelle33 », ce livre nous apprend que Nicéphore Niépce est le descendant direct d’une longue dynastie de viticulteurs et d’administrateurs de terres.

En effet, selon le généalogiste, ses ancêtres ont notamment été depuis le milieu du xve siècle des cultivateurs de vignes – Huguenin Nièce se serait établi à Jambles le 24 août 145534 –, des vignerons – un certain Jean Niépce était en mars 1571 qualifié de « vigneron et échevin de Givry » puisqu’il y « cultivait des vignes à lui louées par la commune »35 –, puis des administrateurs de terres agricoles – tel Antoine Niépce (l’arrière-grand-père de Nicéphore) qui louera en 1706 la seigneurie à Saint-Loup-de-Varennes et jouira ainsi « du château ou maison seigneuriale, des basses-cours, domaines, prés, terres, vignes, buissons36 ». En locataire de la seigneurie, les Niépce administreront de pères en fils les terres du château médiéval de Saint-Loup jusqu’à la Révolution, de telle manière que tous les ancêtres de Nicéphore ont depuis pris la suite de la seigneurie et développé l’activité d’exploitation et d’administration des terres agricoles, jusqu’à l’enrichissement du patrimoine37.

Quant à Claude Niépce, le père de l’inventeur de la photographie, il était avocat à la Cour, conseiller du roi, receveur des Consignations au bailliage de Chalon et aussi intendant du duc de Rohan-Chabot38. De son côté, Fouque précisait, dans sa biographie consacrée à Nicéphore, que Claude Niépce a réalisé un mariage particulièrement opportun en épousant Anne-Claude Barrault, la fille de Monsieur Barrault, avocat de Chalon, conseiller du roi et possesseur d’une grande fortune. Si bien qu’en 1761, « Anne-Claude Barrault apporta en mariage à Claude Niépce – déjà possesseur d’une belle fortune – une dot de trois cent mille livres39 ».

C’est donc grâce à ces héritages terriens et à ces accumulations de fortunes que les frères Niépce ont pu s’adonner à leur passion pour les inventions, en parallèle de leur gestion quotidienne des domaines et des terres agricoles.

La ferme reconvertie en usine proto-industrielle

Claude et Nicéphore Niépce, portés par les idées nouvelles de la Révolution – qu’ils rejoindront concrètement en s’enrôlant dans les armées révolutionnaires de la Première République40 –, s’inscriront alors dans la logique de l’adoption par l’assemblée révolutionnaire d’une loi de protection des inventions – le 7 janvier 1791, les brevets d’invention remplaçaient désormais les lettres patentes royales41. Ainsi, dès le mois de juin 1801, ils s’engagent dans une carrière d’inventeurs en utilisant tous les moyens placés à leur disposition pour se livrer, selon l’expression de Fouque, « à leur goût dominant pour les sciences industrielles et les arts42 ».

En effet, avant que Nicéphore entame en 1816 ses premiers travaux sur la lumière et les matériaux photosensibles et qu’il ne recycle en partie la ferme du Gras – qu’il avait investi lors du départ de Claude – en laboratoire photographique, les deux frères avaient eu l’occasion de réaffecter une partie de leurs terres à des expérimentations pour l’industrie agricole. Et auparavant ils avaient déjà travaillé ensemble dans leurs propriétés, que ce soit celle de la ferme du Gras – où ils résidaient l’été – ou la maison familiale de Chalon-sur-Saône – qu’ils occupaient l’hiver –43, qu’ils avaient reconverties en véritable bureau des études en ingénierie et en atelier de production mécanique.

Et en la matière, le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux frères ont été particulièrement prolifiques et éclectiques : invention en 1806 du Pyréolophore – un moteur à combustion interne, concurrent direct du moteur à vapeur, fonctionnant à « l’air athmosphérique dilaté par le feu44 » –, fabrication entre 1807 et 1809 de pompes hydrauliques ou ce qu’ils nommaient « hydrostatiques » afin de répondre à la volonté de Napoléon Ier de renouveler l’installation hydraulique du château de Marly45 – leur proposition arrivera trop tard –46, construction coûteuse d’une « grande roue » destinée à produire un mouvement perpétuel – une invention mécanique à laquelle ils se sont attelés entre 1811 et 1813 mais qui ne répondit pas à leur attente –47, et production entre 1811 et 1813 de sucre de betterave et culture du pastel pour l’obtention de colorant bleu48 – une spécialisation des terres agricoles qui du reste contribuera à la mutation effective du paysage49.

De son côté, Nicéphore se procurera une draisienne dès 181850 – soit seulement deux ans après que Karl Drais ait inventé cet ancêtre du vélo sans pédales –, qu’il désignera sous le nom de « vélocipède » et qu’il s’essayera à perfectionner en lui ajoutant notamment une selle réglable et en allant même jusqu’à imaginer la possibilité d’y adjoindre un moteur, préfigurant ainsi l’invention future de la motocyclette51.

La poly-activité et l’invention proto-industrielle par les campagnes

22Comme on peut le constater, les frères Niépce n’étaient donc pas centrés sur une seule activité de production en particulier. L’éclectisme de leurs recherches, inventions et découvertes prouve leur besoin de travailler sur plusieurs projets en même temps, mais aussi la polyvalence de leur savoir-faire. Une poly-activité qui était sans doute alors à l’image de celle des ouvriers-paysans et artisans qu’en tant que patrons cette fois-ci ils embauchaient, que ce soit pour les faire travailler aux champs sur les terres qu’ils administraient ou encore pour les aider à perfectionner leurs machines.

À l’instar des petits patrons de l’industrie naissante, Nicéphore et Claude Niépce avaient des créanciers. À commencer par leur cousin Alexandre du Bard de Curley dont les correspondances nous renseignent sur la situation financière des deux frères qui semblent constamment emportés par le tourbillon des dettes contractées et menés quotidiennement par une course à contre-courant pour tenter de les rembourser52. Ils s’adressaient ainsi à des clients potentiels et concouraient pour remporter des marchés, que ce soit pour le renouvellement de l’installation hydraulique du château de Marly ou pour gagner la récompense de cent mille francs que Napoléon Ier proposait à « celui qui parviendrait à extraire du pastel une fécule bleue capable de remplacer l’indigo53 » lui permettant d’équiper sa Grande Armée d’uniformes bleus. Par conséquent, les Niépce avaient également des employés. Parmi les plus fidèles, on peut citer notamment l’ouvrier mécanicien Langrois qui travailla avec eux à l’élaboration du Pyréolophore54 ainsi qu’à leur projet de « grande roue » comme en atteste la lettre du 9 juin 1813 : « Ne croyez pas que Langrois soit le seul ouvrier que nous ayons : nous avons employé tour à tour, menuisier, serrurier, chaudronnier et fondeur55. »

La multitude d’artisans qui travaillent, à partir de différents corps de métier, sur cette dernière invention laisse ainsi imaginer l’existence d’une forte polyvalence des qualifications professionnelles dans les campagnes. Mais la diversification des modalités d’emploi et des activités de production exige également de la part de ces ouvriers qui exercent dans le monde rural une certaine flexibilité et la capacité à transférer leurs compétences des usines aux champs, comme de la manufacture artisanale ou industrielle (travail parcellisé) à l’agriculture, voire à l’administration des terres. En effet, il plane encore à cette époque une certaine incertitude quant à la définition des activités professionnelles56, si bien que ces ouvriers embauchés par les frères Niépce pouvaient tout aussi bien être à la fois artisans, paysans et/ou propriétaires terriens, etc.

Cette représentation du monde rural va sur ce point à l’encontre du portrait de la classe paysanne brossé en 1852 par Karl Marx, lequel supposait alors que les petits propriétaires terriens consommaient et se procuraient leurs moyens de subsistance bien plus par « un échange avec la nature que par un échange avec la société57 », et qu’ainsi aliénés à la parcelle, ils se mettaient en mouvement contre la logique même du progrès. Une telle image de la paysannerie française n’adhère donc pas complètement au réel auquel elle se réfère. Si l’opérateur focalise ici son point de netteté sur l’unique isolement des familles paysannes, la représentation qui en ressort relègue dans le flou, si ce n’est complètement hors cadre, tout un pan du monde économique et social attenant à l’avènement des industries dans les campagnes. En effet, de nombreux historiens se sont depuis donné pour tâche d’ajuster la profondeur de champ afin de faire entrer dans le cadre l’industrie58. Le spécialiste d’histoire économique Franklin Mendels soulignait ainsi sous l’Ancien Régime la prégnance dans les campagnes où « la paysannerie travaille de plus en plus à la production artisanale de biens manufacturés destinés au marché extra-local59 », des modes de production qu’il nomme « proto-industrielle ». En s’imposant dans le paysage rural dès le xviiie siècle et en se renforçant considérablement sous le Second Empire, favorisée notamment par le développement des réseaux routiers, fluviaux puis ferroviaires, l’industrie naissante plaçait bien le « peuple campagnard » – comme le nomme Marx – en situation d’« échange » tant avec les villes qu’avec la société.

À cet égard, les recherches menées par les frères Niépce sur le premier moteur à explosion de l’histoire, et avant même que les trains ne crachent leurs nuages de vapeur sous les fenêtres de la ferme du Gras – la section entre Chalon-sur-Saône et Lyon-Vaise ne sera inaugurée qu’en 185460 –, confirment la centralité du monde rural et la part active prise par ses habitants à l’invention de la révolution industrielle.

Ainsi, bien qu’appartenant à la bourgeoisie agricole – et non à la classe des paysans parcellaires décrite par Marx –, le fait est que Claude et Nicéphore Niépce ont accompagné le sens de la marche – sans nul doute mythifié – du progrès industriel, en s’engageant volontairement dans une logique d’inventions techniques et d’innovations scientifiques. À l’image du monument érigé en 1866 par le docteur Lépine [Fig. 2], qui tourne le dos à la ferme et fait face aux locomotives à vapeur, le patrimoine agricole familial des Niépce, après avoir été converti et placé à la disposition directe de leur micro-révolution industrielle, sera entièrement dilapidé dans les inventions techniques et mécaniques61. Ainsi, ce que la famille Niépce a pu accumuler comme fortune sur une dizaine de générations de viticulteurs et d’administrateurs de terres a été « brûlé » en une seule génération d’inventeurs industriels. En effet, il ne s’agit plus alors pour les frères Niépce de se consacrer exclusivement aux vignes et à l’administration des terres louées aux fermiers, mais au contraire de rompre partiellement les liens avec ces activités et ce modèle de vie qui faisaient pourtant partie de la culture familiale depuis des générations, pour se tourner résolument vers la société du progrès industriel.

Fig. 2 Monument et plaque commémorative à la mémoire de Nicéphore Niépce érigés le long de la voie ferrée (face au chemin de fer et dos à la ferme du Gras).
Plaque métallique gravée apposée sur une stèle en béton : « Maison où J-Nicéph.re Niépce découvrit la photographie en l’année 1822. Propter veritatem et posteros inscripsit Doct.r Lepine, 1866. » L’inscription en latin « Propter veritatem et posteros inscripsit » pourrait être traduite en français ainsi : « Ceci étant inscrit pour que la vérité soit transmise à la postérité » ; ou encore : « Ceci étant inscrit pour la vérité et la descendance ».
Carte postale, « St-LOUP-de-VARENNES Maison où Nicéphore Niepce découvrit la photographie en 1822 », Ed. Morler, 1905 (circulation), Archives départementales de Saône-et-Loire, 6 Fi 11542.

La représentation de la ferme-usine du Gras du point de vue du paysage

En se tournant dès lors face à la ferme, c’est-à-dire en se plaçant non plus du seul « point de vue » de l’inventeur (derrière son épaule) mais dans le paysage même qu’il représente et prend pour modèle, il se pourrait bien que de ce côté-ci on y trouve, abritée derrière la fenêtre et les murs de la bâtisse, une « industrie invisible » pour reprendre l’expression de Jean-Michel Minovez62. En effet, à l’image des « proto-industries » qui se sont développées dans les campagnes depuis le xviiie siècle, les frères Niépce ont à leur tour en partie recyclé leur patrimoine agricole (demeures, fermes et domaines) en atelier de conception, d’expérimentation et de production industrielle. À cet égard, le concept de « proto-industrie » proposé par Mendels63 permet de considérer l’industrie rurale domestique comme une étape de transition essentielle de la « modernisation » industrielle à l’ère de l’économie agraire et artisanale encore prépondérante, et il apparaît effectivement utile pour décrire ici le laboratoire d’expérimentation (à la fois mécanique, chimique et optique, etc.) caché derrière la fenêtre de la ferme du Gras d’où Niépce réalisa sa vue [Fig. 3].

Fig. 3 Radio Times Hulton Picture Library, « Partie de la maison de Niépce, montrant la lucarne d’où a été prise la première photographie, Photographie prise en 1952 », dans The History of Photography from the Camera Obscura to the Beginning of the Modern Era, Oxford : Oxford University Press, 1955, [Fig. 20].

Ainsi, parmi les nombreuses inventions des frères Niépce, celle de la photographie qui capturera, enfermera et fixera pour la première fois l’image d’un paysage agricole sur un support permettant de reproduire l’image qu’elle enregistre, potentiellement à l’infini, s’offre alors à lire comme le passage symbolique d’un secteur économique prépondérant (l’agriculture) à un autre (l’industrie). Et la tension paradigmatique qui découle de ce rapport entre le territoire agricole et son enregistrement photographique apparaît exemplaire, tant sur le plan de la micro-histoire – celle qui concerne le patrimoine agricole de la famille Niépce en partie recyclé en proto-industrie par Claude et Nicéphore – que de la macro-histoire – l’avènement de la révolution industrielle dans et par les campagnes de France ou, autrement dit, l’émergence d’un nouveau visage industriel dans le paysage rural.

La biographie personnelle de Niépce semble en effet rejoindre et se mêler à l’histoire des changements de paradigmes économiques qui s’opèrent alors, l’ère industrielle naissante s’inventant sur les fondations de l’agriculture et de l’artisanat ou, plus exactement, dans des rapports d’interdépendance particulièrement étroits. Ainsi la ferme, en l’occurrence, est ici ce qui nourrit et finance les inventeurs : c’est elle qui derrière ses fenêtres s’offre comme le lieu de l’« industrie invisible » naissante. Mais c’est aussi elle qui assistera, impuissante, à la capture symbolique du paysage de sa cour et de ses champs par le premier des appareils photographiques, préfigurant de la sorte la place qui sera la sienne dans l’économie à venir, c’est-à-dire en concurrence directe avec les nouveaux modes et moyens de production industrielle, agro-alimentaire notamment. À ce titre, on peut dire qu’à la croisée des chemins, les économies des secteurs primaire et secondaire se jouxtent et se superposent en cette première photographie réalisée au début du xixe siècle, comme un pont entre les xviiie et xxe siècles.


Bibliographie

Armand-Calliat, Louis
1966. Notes sur la famille Niépce. Chalon-sur-Saône : Buguet.

Barthes, Roland
1980. La chambre claire. Note sur la photographie. Paris : Gallimard.

Bonnet, Manuel et Marignier, Jean-Louis
2003. « Inédit : Chalon-sur-Saône, 21 octobre 1807. Les Niépce sont parmi les 100 plus imposés de la ville », dans Manuel Bonnet et Jean-Louis Mariginier, Niépce, Correspondance et papiers. Saint-Loup-de-Varennes : Maison Nicéphore Niépce, p. 315-316.

Brisou, Dominique et Villain-Gandossi, Christiane
2002. « La transition bois-fer dans la construction navale militaire en France au xixe siècle », dans Dominique Brisou et Christiane Villain-Gandossi (dir.), Deux siècles de constructions et chantiers navals (milieu xviie – milieu xixe siècle). Actes du 124e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Milieu littoral et estuaires » Nantes, 1999. Paris : Éditions du CTHS, p. 183-197.

Cailly, Claude
1993. « Contribution à la définition d’un mode de production proto-industriel », Histoire & Mesure, vol 8, nos 1-2, p. 19.
DOI : 10.3406/hism.1993.1413

Coornaert, Émile
1946. « Préface », dans Jean Vidalenc, La petite métallurgie rurale en Haute-Normandie sous Ancien Régime. Paris : Domat-Montchrestien, p. 7-9.

Dewerpe, Alain
1985. L’industrie aux champs. Essai sur la proto-industrialisation en Italie septentrionale (1800-1880). Rome : École française de Rome.

École des hautes études en sciences sociales
2007. « Notice communale de Chalon-sur-Saône », Territoire et population, deux siècles d’évolution. Des villages de Cassini aux communes d’aujourd’hui. Base de données constituée par l’EHESS, la BNF, le CNRS et l’INED, <cassini.ehess.fr/cassini/fr/html/fiche.php?select_resultat=7729> (consulté le 24 septembre 2024).

Fouque, Victor
1867. La vérité sur l’invention de la photographie. Nicéphore Niépce, sa vie, ses essais, ses travaux, d’après sa correspondance et autres documents inédits. Paris et Chalon-sur-Saône : Librairie des Auteurs et de l’Académie des Bibliophiles et Librairie Ferran.

Frizot, Michel
1989. « Nicéphore Niépce (1765-1833) Point de vue pris d’une fenêtre du Gras, Saint-Loup-de-Varennes, 1826 (?) », dans Michel Frizot, Histoire de voir. Une histoire de la photo, vol. 1 : De l’invention à l’art photographique (1839-1880). Paris : Centre national de la photographie, p. 10.

Fureix, Emmanuel et Jarrige, François
2015. La modernité désenchantée. Relire l’histoire du xixe siècle français. Paris : La Découverte.
DOI : 10.3917/dec.furei.2015.01

Gernsheim, Helmut
1997 [1977]. « La première photographie au monde », Études photographiques, no 3, novembre <journals.openedition.org/etudesphotographiques/92> (consulté le 26 mai 2024).

Gernsheim, Helmut
1951. « Niépce’s Supposed Kew Photograph and Other Niépce Heliographs Extant in Great Britain », The Photographic Journal, section A, janvier.

Harmant, Pierre Georges et Marillier, Paul
1972. « À propos de la plus ancienne photographie du monde », Photo Ciné Revue, mai, p. 231-237.

Harmant, Pierre Georges et Marillier, Paul
1967. « Some Thoughts on the World’s First Photograph », The photographic journal, vol. 107, no 4, avril, p. 130-140.

Hilaire-Pérez, Liliane
2000. L’invention technique au siècle des Lumières. Paris : Albin Michel.

Hudson, Pat
2013. « Une nouvelle approche des industries rurales et du processus d’industrialisation en Grande-Bretagne », dans Jean-Michel Minovez, Catherine Verna et Liliane Hilaire-Pérez (dir.), Les industries rurales dans l’Europe médiévale et moderne. Toulouse : PUM, p. 245-264.

Kriedte, Peter, Medick, Hans et Schlumbohm, Jürgen
1981. Industrialization before Industrialization : Rural Industry and the Genesis of Capitalism. Cambridge et Paris : Cambridge University Press et Maison des sciences de l’Homme.

Marbot, Bernard
1998. « Sur le chemin de la découverte (avant 1839) », dans Jean-Claude Lemagny et André Rouillé (dir.), Histoire de la photographie. Paris : Larousse-Bordas, p. 10-17.

Marx, Karl
1997 [1852]. Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Paris : Mille et une nuits.
DOI : 10.14375/NP.9782369425137

May, Mathieu-Georges
1931. « L’histoire du chemin de fer de Paris à Marseille », Revue de géographie alpine, t. 19, no 2, p. 473-493.

Middelbos, Jan
2023. « Les arts tactiques au travail : de la représentation des mondes du travail à la pratique de la perruque » (thèse de doctorat d’arts plastiques sous la direction de Leszek Brogowski, Université Rennes 2).

Middelbos, Jan
2018. « One Piece at a Time ou les arts tactiques au travail », Sans niveau ni mètre. Journal du Cabinet du livre d’artiste, no 46, septembre, p. 6-8.

Middelbos, Jan
2016. « L’“enquête artistique” : les méthodes de représentation artistique du monde du travail en question », Images du travail Travail des images, n° 2, Les ouvriers et la photographie : de 1945 à nos jours, <doi.org/10.4000/itti.1197> (consulté le 26 mai 2024).
DOI : 10.4000/itti.1197

Middelbos, Jan
2011-2012. « Y a-t-il un artiste dans l’usine ? », Art 21. Magazine critique d’art contemporain, no 32, p. 10-19.

Mendels, Franklin
1984. « Des industries rurales à la protoindustrialisation : historique d’un changement de perspective », Annales. Économies, sociétés, civilisations, 39ᵉ année, no 5, p. 977-1008.
DOI : 10.3406/ahess.1984.283112

Mendels, Franklin
1978. « Aux origines de la proto-industrialisation », Bulletin du Centre d’histoire économique et sociale de la région lyonnaise, no 2, p. 1-25.

Mendels, Franklin
1972. « Proto-industrialization, The First Phase of the Industrialization Process », Journal of Economic History, vol. 32, no 1, p. 241-261.
DOI : 10.1017/S0022050700075495

Minovez, Jean-Michel
2012. L’industrie invisible. Les draperies du Midi, xviiexxe siècles. Essai sur l’originalité d’une trajectoire. Paris : CNRS Éditions.

Noiriel, Gérard
2018. Une histoire populaire de la France. De la guerre de 100 ans à nos jours. Marseille : Agone.

Richard, Guy
1962. « La grande métallurgie en Haute-Normandie à la fin du xviiie siècle », Annales de Normandie, 12ᵉ année, no 4, p. 236-289, <doi.org/10.3406/annor.1962.4518> (consulté le 26 mai 2024).
DOI : 10.3406/annor.1962.4518

Roger, Alain
2017. Court traité du paysage. Paris : Gallimard.

Schönwald, Cédric
2010. « L’art encapsulé », dans Jean-Claude Moineau et Cédric Schönwald, Édouard Sautai. L’observatoire du plateau. Paris : Espace Khiasma, p. 6-9.

Serres, Michel
1986. Les cinq sens. Paris : Grasset.

Verley, Patrick
1985. La Révolution industrielle (1760-1870). Paris : MA Éditions.
DOI : 10.14375/NP.9782070327690


Notes

  1. Voir notamment Middelbos 2011-2012 ; 2016 ; 2018 et 2023. ↩︎
  2. Dans le doute, je reprends ici la date de 1827 inscrite au dos de l’épreuve par Francis Bauer (voir Gernsheim 1997) et telle que sa période de réalisation a été évaluée « entre le 4 juin et le 18 juillet 1827 » notamment par les historiens Pierre Georges Harmant et Paul Marillier (1972, p. 237). ↩︎
  3. Noiriel 2018, p. 191-192. Et concernant les industries rurales et domestiques en Italie septentrionale (au xixe siècle) et en Grande Bretagne (au xviiie siècle) voir respectivement Dewerpe 1985 et Hudson 2013, p. 245-264. ↩︎
  4. Hilaire-Pérez 2000, p. 52-59. ↩︎
  5. Voir Gernsheim 1997. ↩︎
  6. Marbot 1998, p. 16-17. ↩︎
  7. Voir Gernsheim 1997. ↩︎
  8. Barthes 1980, p. 18. ↩︎
  9. Harmant et Marillier 1972 ; Gernsheim 1997. ↩︎
  10. « Fiche descriptive du Point de vue à Saint-Loup de Varennes », <archivesniepce.com/index.php/content/download/5700/46552/version/1/file/0apoint_de_vue_col_Austin.pdf> (consulté le 25 mai 2024). ↩︎
  11. Frizot 1989, p. 10. ↩︎
  12. Serres 1986, p. 260. ↩︎
  13. Ibid. ↩︎
  14. Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, Saint-Loup, 1er avril 1816, Manuscrit 8 (MNN 75.149.298.1) ; Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, Saint-Loup, 22 avril 1816, Manuscrit 9 (MNN 75.149.298.2). La correspondance de Nicéphore Niépce citée dans cet article est disponible en ligne, <archivesniepce.com/index.php/correspondances/ecrits> (consulté en mai et septembre 2024). ↩︎
  15. Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, Saint-Loup, 5 mai 1816, Manuscrit 10 (MNN 75.149.298.3), souligné par l’auteur. ↩︎
  16. Ibid. ↩︎
  17. Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, Saint-Loup, 28 mai 1816, Manuscrit 14 (MNN 75.149.298.7), souligné par l’auteur. ↩︎
  18. À l’entrée du mot « Navette » dans le dictionnaire Trésor de la langue française informatisé (TLFi) on trouve cette définition : « Plante de la famille des Crucifères, voisine du colza. », <cnrtl.fr/definition/navette> (consulté le 28 mai 2024). ↩︎
  19. Les batteurs, selon le dictionnaire TLFi, sont «des ouvriers agricoles chargés de battre les gerbes ou les bottes de céréales», <cnrtl.fr/definition/batteurs> (consulté le 28 mai 2024). ↩︎
  20. Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, Saint-Loup, 28 mai 1816, doc. cité. ↩︎
  21. Ibid. ↩︎
  22. Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, s. l., 2 juin 1816, Manuscrit 15 (MNN 75.149.298.8). ↩︎
  23. Ibid. ↩︎
  24. Ibid., souligné par l’auteur. ↩︎
  25. Roger 2017, p. 108. ↩︎
  26. Harmant et Marillier 1972, p. 236. ↩︎
  27. Ibid., p. 233. ↩︎
  28. Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, Saint-Loup, 28 mai 1816, doc. cité. ↩︎
  29. Schönwald 2010, p. 7. ↩︎
  30. Bonnet et Marignier 2003, p. 315. ↩︎
  31. Voir Fouque 1867, p. 254-281. ↩︎
  32. Armand-Calliat 1966. ↩︎
  33. Ibid., p. 3. ↩︎
  34. Ibid., p. 5. ↩︎
  35. Ibid., p. 6. ↩︎
  36. Ibid., p. 9-10. ↩︎
  37. Ibid., p. 10. ↩︎
  38. Ibid., p. 32. ↩︎
  39. Fouque, 1867, p. 20-21. ↩︎
  40. Voir notamment Fouque 1867, p. 24-27 ; Armand-Calliat 1966, p. 22-36 ; « Biographie de Nicéphore Niépce », <archivesniepce.com/Nicephore-Niepce-inventeur/qui-etait-Nicephore-Niepce/biographie> (consulté le 27 septembre 2024). ↩︎
  41. Voir notamment « Le contexte scientifique des travaux de Niépce », <archivesniepce.com/les-dossiers/contexte-scientifique> ; « Les Niépce et le brevet d’invention », <archivesniepce.com/les-dossiers/Les-Niepce-et-le-brevet-d-invention> (consultés le 28 mai 2024). ↩︎
  42. Fouque 1867, p. 32-33. ↩︎
  43. Voir « Lieux de vie et de travail de Nicéphore Niépce », <archivesniepce.com/Nicephore-Niepce-inventeur/qui-etait-Nicephore-Niepce/lieux-de-vie> (consulté le 28 mai 2024). ↩︎
  44. Lettre de Nicéphore et Claude Niépce à Jean-Baptiste Nompère de Champagny (Ministre de l’Intérieur), s. l., le 9 novembre 1806, Manuscrit 4 (K5). ↩︎
  45. Fouque 1867, p. 35. ↩︎
  46. Voir « Le contexte scientifique des travaux de Niépce », art. cité. ↩︎
  47. Lettre de Nicéphore Niépce à Alexandre du Bard de Curley, Chalon-sur-Saône, 9 juin 1813, Manuscrit 3. ↩︎
  48. Lettre de Nicéphore Niépce à Alexandre du Bard de Curley, Saint-Loup, 21 avril 1812, Manuscrit 2. ↩︎
  49. Fureix et Jarrige 2015, p. 95-105. ↩︎
  50. Voir Lettre de Claude Niépce à Nicéphore Niépce, Hammersmith, le 19 novembre 1818, Manuscrit 66 (MNN 75.149.298.55) ; Lettre de Claude Niépce à Nicéphore Niépce, Hammersmith, le 24 août 1819, Manuscrit 70 (MNN 75.149.298.59). ↩︎
  51. Voir Lettre de Nicéphore Niépce à Claude Niépce, Saint-Loup, 16 septembre 1824, Manuscrit 30 (K26). ↩︎
  52. Voir notamment Lettre de Nicéphore Niépce à Alexandre du Bard de Curley, Châlon-Sur-Saône, 7 et 10 mars 1809, Manuscrit 1 ; Lettre de Nicéphore Niépce à Alexandre du Bard de Curley, Au Gras, 21 janvier 1821, Manuscrit 6. ↩︎
  53. « Le contexte scientifique des travaux de Niépce », art. cité. ↩︎
  54. Voir Julien Faure-Conorton, note no 6, « Lettre de Nicéphore Niépce à Alexandre du Bard de Curley, Châlon-Sur-Saône, 9 juin 1813 », Manuscrit 3. ↩︎
  55. Lettre de Nicéphore Niépce à Alexandre du Bard de Curley, Châlon-Sur-Saône, 9 juin 1813, Manuscrit 3. ↩︎
  56. Noiriel 2018, p. 336. ↩︎
  57. Marx 1997 [1852], p. 170. ↩︎
  58. Voir notamment Coornaert 1946, p. 7-9 ; Richard 1962, p. 236-289 ; Kriedte et al. 1981, p. 1-11 ; ouvrages cités par Mendels 1984, p. 977-979 ; et aussi Minovez 2012 ; Hudson 2013, p. 245-264 ; Noiriel 2018, p. 327-366. ↩︎
  59. Mendels 1978, p. 2. ↩︎
  60. May 1931, p. 489. ↩︎
  61. Voir notamment Fouque 1867, p. 248 ; Armand-Calliat 1966, p. 40. ↩︎
  62. Minovez 2012. ↩︎
  63. Voir Mendels 1972. ↩︎

Laisser un commentaire

Tendances